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Gros-Câlin

du 14 avril au 3 mai 2015


de Romain Gary (Émile Ajar)

mise en scène Bérangère Bonvoisin
avec Jean-Quentin Châtelain

lumières Ricardo Aronovich
scénographie Arnaud de Segonzac

adaptation Thierry Fortineau

Prix du meilleur spectacle 2014 du Syndicat de la critique

       

Résumé :

Monsieur Cousin cherche à combler le vide de son existence, et s'éprend d'un python de 2m20 capable de l'enlacer tendrement. Mais la vie parisienne avec Gros-Câlin, le beau reptile, dont c'est l'époque de la mue, l'entraîne vers diverses aventures.
Gros-Câlin, récit tragi-comique flamboyant sur la métamorphose et le besoin d'aimer, sur la perte d'identité et de repères, fut le premier texte de Romain Gary écrit sous le nom de Emile Ajar



Note du metteur en scène :

Notes avant les répétitions

Gros Câlin est le premier livre de Gary écrit sous le nom d'Ajar et ce qui est bouleversant, c'est l'énergie extraordinaire que Gary a déployée pour accomplir cette métamorphose. C'est-à-dire pour changer de style d'écriture. J'ai envie que notre spectacle ne raconte pas seulement l'histoire d'un monsieur qui cherche « quelqu'un à aimer » et qui vit avec son python, mais que ce soit l'écrivain Gary qui fasse sa mue sous nos yeux en inventant de façon assez folle, il faut bien le dire, cette façon de penser et de parler, en même temps comique et désespérée.

Les premier mots sont essentiels: "Je vais entrer ici dans le vif du sujet…" Puis, quelques lignes plus bas, l'assistant au Jardin d'Acclimatation dit au narrateur, M. Cousin, que dans son traité sur les pythons il devrait évoquer Pierre Brossolette et Jean Moulin,puisque ces deux hommes de la Résistance n'ont rien à faire dans un ouvrage zoologique...
Ce début formidable nous fait entrer immédiatement dans le labyrinthe. Thierry Fortineau l'a laissé tel quel dans son adaptation et il a eu raison.
En plus, Gary/Ajar appelle son narrateur Cousin… C'est un très beau mot car il a tous les sens. Ce n'est pas un frère, ce n'est pas un double, c'est peut-être personne. Un "pseudo-pseudo" comme il l'écrit lui-même.

Je ne pouvais pas avoir un décor qui ne raconte qu'un appartement réaliste. Il me fallait un espace plus silencieux, plus calme, plus métaphysique, pas forcément abstrait mais épuré et qui laisse cette parole inventée se déployer. J'ai pensé assez vite à l'effet que provoquent sur moi certains tableaux du peintre Gilles Aillaud, tableaux sur la perception du réel et aussi sur le thème du caméléon. A partir de là, le scénographe Arnaud de Segonzac m'a fait une proposition qui me plaît parce que quand on regarde l'espace, on ne sait pas si c'est un deux-pièces, la salle de bain de l'appartement, un zoo, une piscine, une cage de scène et si on est dedans ou dehors. C'est un lieu pour un secret, la parole et le corps de l'acteur.

Pour la lumière, j'ai demandé Ricardo Aronovich, qui est un grand chef opérateur de cinéma, un poète. Il comprend de l'intérieur le voyage de Gary, cette frontière entre le réel et la fiction. Quand nous avons parlé de ce projet, il a cité des phrases de Borges et a évoqué un film expressionniste allemand de 1920, Le Cabinet du Docteur Caligari. Ce qu'il me propose pour la lumière, qui est un décor aussi, s'y rapporte et devrait provoquer un trouble sur ce qui est imaginé ou réel.

On a choisi d'essayer une lumière assez radicale, comme il y en a dans certains zoos, d'ailleurs, où les animaux viennent se chauffer sous les lampes. Au fond, quoi que fasse l'acteur, il sera toujours cet animal qui décide d'aller dans la lumière ou dans l'ombre, d'être caché ou visible.

Romain Gary dit avoir été influencé par Borges, Pirandello, Kafka…

Et je retrouve ces univers où on se perd dans des dédales cauchemardesques et tragi-comiques. Dans plusieurs interviews il parle de l'humour du désespoir, cite aussi W. C. Fields ... Gros-Câlin est une fable humoristique ; Romain Gary, lui, s'est suicidé. Il existe deux fins différentes à Gros Câlin, le dernier chapitre a été coupé. Dans Vie & Mort d'Émile Ajar, Gary dit qu'on peut connaître la fin initiale mais qu'il ne faut pas l'utiliser, qu' il faut laisser le roman tel quel. Dans ce dernier chapitre, comme dans son autre livre, Pseudo, il est question d'hôpital psychiatrique. Mais M. Cousin ne se suicide pas et l'acteur n'a pas à raconter la mort de l'auteur. En revanche, si cet espace et cette lumière font par moments penser aussi à un hôpital psychiatrique, pourquoi pas ? Tant mieux !

L'acteur ici pour moi est un animal dans un zoo, et la cage de scène du théâtre est la cage du zoo. Puisque tout se passe dans la tête non seulement de Gary mais de M. Cousin, tout est possible. Que Cousin se mette à manger des souris vivantes, que le python soit passé par les toilettes pour entrer dans le sexe de la femme de l'appartement du dessus. Car c'est aussi un livre "pornographique" qu'Ajar s'amuse à écrire. Ajar se moque, il cite aussi bien Charles Trenet que Dostoïevski ou Queneau, il fait référence à quantité de choses disparates, qu'il fond pour les distinguer et où il glisse son humanisme et sa haine du racisme.

Jean-Quentin est un acteur extraordinaire, et il n'y a rien de plus insupportable au théâtre que le terme « diriger ». Ici il y a un texte et un acteur. Ce dont l'acteur a besoin, c'est d'un oeil extérieur.

Il n'y aura pas que la douceur à la Sempé du personnage de M. Cousin ou son innocence ou sa détresse. Jean-Quentin amène son propre univers, les répétitions servent aux essais, aux choix, on ne sait pas tout à l'avance – heureusement !

J'ai appris que parfois Gary dictait ses textes, c'est une des pistes : plus un soliloque qu'un monologue, peut-être.

Gary a écrit son roman comme s'il était lui-même le python se mouvant de façon sinueuse, se mettant en boule, s'enroulant sur lui-même, faisant des nœuds … La question première, elle, restant la même: A qui ça s'adresse ?

Pour moi, le python c'est Jean-Quentin.

Bérangère Bonvoisin

Romain Gary (Emile Ajar) en quelques dates...

1914 : Naissance de Roman Kacew le 8 mai à Vilnius en Lituanie. Il est élevé par sa mère à Sweciany puis à Varsovie et ne connaîtra jamais son père.
1927 : Arrive en France, études au lycée de Nice.
1936 : Suit des études de droit à Paris.
1938 : Naturalisé français, il est incorporé dans l'aviation.
1940 : Il rejoint la France libre où il sert dans les Forces aériennes françaises libres. C'est durant cette période que Romain Kacew choisit le nom de guerre de Gary (signifiant « brûle ! » en russe), qui deviendra son pseudonyme. Il termine la guerre comme capitaine de réserve et est nommé Compagnon de la Libération.
1945 : Il entame une carrière fulgurante dans la diplomatie. À ce titre, il séjourne en Bulgarie, en Suisse, en Bolivie, à New-York.
1956 : Obtient le Prix Goncourt pour Les Racines du ciel.
1957-61 : Réside en qualité de Consul Général de France à Los Angeles.
1975 : La Vie devant soi d'Emile Ajar reçoit le Prix Goncourt.
1980 : Se donne la mort le 2 décembre à Paris.

Après sa disparition, on apprit que, sous le pseudonyme d'Émile Ajar, il était également l'auteur de quatre romans dont la paternité avait été attribuée à un proche parent, Paul Pavlovitch, lequel avait assuré le rôle d'Ajar auprès de la presse et de l'opinion publique.

Ajoutons qu'Ajar et Gary ne furent pas ses seuls pseudonymes, puisqu'il est aussi l'auteur d'un polar politique sous le nom de Shatan Bogat et d'une allégorie satirique signée Fosco Sinibaldi.

Romain Gary est ainsi le seul écrivain à avoir jamais été récompensé deux fois par le Prix Goncourt, la première fois sous son pseudonyme courant et la seconde fois sous le pseudonyme d'Émile Ajar.

Romain Gary a également écrit et réalisé deux films : Les oiseaux vont mourir au Pérou et Kill.


Sous le nom de Romain Kacew
1937 Le Vin des Morts
Sous le pseudonyme de Romain Gary
1945 Education européene
1946 Tulipe
1949 Le Grand vestiaire
1952 Les Couleur du jour
1956 Les Racines du ciel (Prix Goncourt)
1960 La Promesse de l'aube
1961 Johnie Coeur
1962 Gloire à nos illustres pionniers (nouvelles)
1963 Lady L.
1965 The Ski Bum
1965 Pour Sganarelle (Frère Océan 1) (essai)
1966 Les Mangeurs d'étoiles (La Comédie américaine 1)
1967 La Danse de Gengis Cohn (Frère Océan 2)
1968 La Tête coupable (Frère Océan 3)
1969 Adieu Gary Cooper (La Comédie américaine 2)
1970 Chien blanc
1971 Les Trésors de la Mer Rouge
1972 Europa
1973 Les Enchanteurs
1974 La Nuit sera calme (entretien fictif)
1975 Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable
1977 Clair de femme
1977 Charge d'âme
1979 La Bonne moitié
1979 Les Clowns lyriques
1980 Les Cerfs-volants
1981 Vie et mort d'Emile Ajar (posthume)
1984 L'Homme à la colombe (version posthume définitive)
Sous le pseudonyme d'Emile Ajar
1974 Gros-Câlin
1975 La Vie devant soi (prix Goncourt)
1976 Pseudo
1979 L'Angoisse du roi Salomon
Sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi
1958 L'Homme à la colombe
Sous le pseudonyme de Shatan Bogat
1974 Les Têtes de Stéphanie

Jamais on a si bien entendu l'écriture même de Romain Gary. Ce n'est pas la moindre vertu de ce spectacle. Parce que Jean-Quentin Châtelain est un comédien exceptionnel, il nous dévoile le style même, on entend comme jamais les curiosités de la langue, les emplois étranges que fait parfois Gary/Cousin de certains mots. Il danse avec les mots. Les phrases sont comme d'invisibles partenaires de ce jongleur spirituel. - LeFigaro.fr


Bérangère Bonvoisin signe une mise en scène précise et rythmée. Elle dirige avec intelligence et tact un interprète prodigieux, Jean-Quentin Châtelain. De tout son être, il est cet homme désemparé qui a adopté lors d’un voyage au Maroc un python de 2,20m et qui nous raconte avec candeur les aventures de "Gros-Câlin". Une scénographie superbe, des lumières délicates, la voix si particulière de l’interprète : on rit, on pleure, on rit aux larmes, le cœur serré. Ce récit émeut et arrache les larmes. Seul en scène, Jean-Quentin Châtelain est aussi drôle que bouleversant. A ne pas rater! - Figaroscope


Jean-Quentin Châtelain, en longue djellaba noire, est seul en scène. De sa voix terrienne et chantante, il pénètre l'écriture de Romain Gary et touche l'âme du texte. Bouleversant de vérité. On entend au plus près la détresse, la tendresse du personnage, dans la belle mise en scène, délicate et sobre, de Bérangère Bonvoisin. - Télérama


Quel est le sujet ? Le python certes. Mais surtout les anneaux que le texte déploie autour de lui et en lui. L’anneau de solitude. L’anneau de tendresse. L’anneau d’amour. L’anneau du fantasme… Ce que donnent à vivre et à entendre pendant une heure quinze la voix suisse et le corps lourd de Jean-Quentin Châtelain, c’est l’agilité et la sensibilité de ces anneaux. Debout, l’acteur est un éléphant aux pieds fragiles et au cœur de porcelaine, à équidistance entre ciel, savane et cimetière. Il a une maladresse délicate, une bonhommie blessée. - Libération


Excellant dans l’exercice du monologue, le comédien délivre toutes les teintes de ce texte drôle et poignant, philosophique et désespéré. Tout son corps aussi parle, raconte la sensibilité extrême d’un être en mal de tendresse. La Terrasse - La Terrasse


C'est magnifique… Il y a, dans la voix de Jean-Quentin Châtelain, une plainte et un chant, une douceur et une ironie, une irradiation invincible. Il faut le voir, avec sa djellaba noire et ses pieds nus, ses mains qui ferraillent l'espace, ses bras qui s'enlacent autour de sa poitrine. Il faut l'entendre, parce que les grands acteurs sont rares, et qu'il en est un, à part. Unique en son royaume de la parole. - Le Monde


Horaires :
> du mardi au samedi à 21h
> le dimanche à 15h

Prix des places :
> 32€ - 25€ - 17€
> 10€ pour les moins de 26 ans (1h avant le spectacle selon les disponibilités)